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Folie à Amphion

MessagePublié: 28 Déc 2025 13:13
par Groucho
Villa Schwartz Amphion.jpg
Folie à Amphion - Villa SCHWARTZ
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Voilà du nouveau et du concret sur la fameuse virée de Django à Amphion en 1943.
Amphion également appelée Publier c'est une petite bourgade située sur les rives sud du lac Léman très exactement entre Thonon-Les-Bains et Evian-Les-Bains.

D'après le service culturel de la ville de Publier je cite :

"FOLIE A AMPHION

Bravo à ceux qui ont reconnu Django Reinhardt et la villa « la Folie d’Amphion » de la famille Schwartz.

La famille Schwartz, est parente avec la famille BRAUNSTEIN, fondatrice des papeteries ZIG-ZAG. Rodolphe Schwartz, riche industriel, était l’époux de Marguerite Braunstein et faisait également partie des administrateurs de cette florissante entreprise jusqu’au régime de Vichy qui obligera les personnes d’origine juive à céder leurs droits sur les entreprises.
En 1925, les Schwartz achètent une partie de terrain à la famille d’Anna de Noailles, les Brancovan, et demandent à l’architecte Maurice Gras d’y construire leur « folie », maison de plaisance à caractère plutôt « extravagant ».
En 1943, Django Reinhardt fuit la capitale, il connaît les exactions commises sur ses frères tziganes et les pressions exercées par l’occupant sur les artistes, il refuse toute collaboration et s’enfuit à Thonon, son projet est de passer la frontière pour rejoindre la Suisse et mettre sa famille à l’abri. A Thonon, il joue au Savoy Bar avec un orchestre Gitan puis ses amis musiciens, le clarinettiste Gérard Lévêque et le batteur André Jourdan le rejoindront. Ils donneront ensemble des concerts privés, c’est ainsi qu’ils seront invités à se produire chez les Schwartz.
Que sont devenus les Schwartz ? Ils n’ont pas eu la chance de Django d’échapper aux nazis, dénoncés par le fils de leur jardinier, ils mourront tous deux au camp d’Auschwitz en 1944. Qu’est devenue la villa ? de village d’enfants d’après-guerre à l’IME les Cygnes (fondation OVE) elle appartient à des propriétaires privés.
Souvenir de ce concert, de cet accueil fastueux à Amphion par des hôtes particulièrement sympathiques et mélomanes décédés dans les camps de l’horreur ? Django enregistrera dans son album « Pêche à la mouche » un éternel hommage qu’il intitulera « Folie à Amphion » en 1947."

Après quelques recherches nous avons retrouvé la villa en question dont je communique la position aux nostalgiques et autres médiums :

46°23'49.4"N 6°33'40.5"E - 74500 Publier

Re: Folie à Amphion

MessagePublié: 28 Déc 2025 13:42
par Groucho

Lien vers la vidéo

Un petit rappel du livret Fremeaux sur la question : Je cite (désolé c'est un peu long accrochez-vous !):

"Une jolie histoire, narrée récemment par Jean-Claude Rey dans le numéro 9 d’Echos saléviens, revue d’Histoire lo­cale de Savoie et Haute-Savoie.
Au cours de l’automne de 1943 donc, ainsi qu’il en a déjà été question dans le texte de notre volume 12 (FA 312), Django, de plus en plus paniqué par les bombardements sur Paris et sa région, peu désireux de surcroît à aller se produire en Allemagne où on l’«invitait» avec trop d’insistance, conçut le projet de partir respirer l’air, nettement plus sain, des doux pâturages helvètes. Il se rendit donc, vers la fin septembre à Thonon-les-Bains, sur le lac Léman. Malheureusement, le passage vers la Suisse, relativement facile jusqu’en 1942, était devenu moins aisé et l’on sait qu’après plusieurs tentatives avortées (la dernière ayant eu lieu dans la nuit du 24 novembre), le musicien et sa famille se résolurent à regagner Paris. Cependant, au cours des quelque deux mois qu’il vécut à Thonon, Django ne demeura point inactif. Grâce aux Hoffman, des manouches arrivés là avant lui, il trouva rapidement de l’embauche au «Savoy», un café-restaurant de l’endroit. On lui aménagea même la grande salle du premier étage et, assez vite, il put faire venir en renfort le clarinettiste Gérard Lévêque et le batteur André Jourdan. Un soir, tous furent conviés à dîner (et à jouer) dans la «folie d’Amphion». C’est en souvenir de ce moment, parenthèse agréable au cœur d’une époque triste, qu’il donna plus tard comme titre à sa composition le nom de ce lieu...

Amphion, c’est un petit bourg sis entre Evian et Thonon où un noble roumain, Grégoire de Bracovan, avait acquis vers les années 1870-1880 un domaine près du lac, précédemment propriété du Prince Walewski, fils naturel de Napoléon 1er. On y bâtit des chalets, un château, un étang... Grégoire de Brancovan était le père de deux filles qui séjournaient souvent à Amphion. L’une d’elles, prénommée Anna, aristocrate raffinée, lettrée, d’une belle sensibilité d’âme, admit plus tard : «Je dois tout à un jardin de Savoie et au double azur qui m’a éblouie dès l’enfance. C’est là que l’univers m’a été révélé». De son côté, l’écrivain Henri Bordeaux, enfant de Thonon, se rappelait avoir croisé «deux petites filles en robe claire, que leur démarche de gazelle et leurs grands yeux étranges lui firent prendre pour des étrangères et peut-être (...) pour ces Egyptiennes nomades et dorées qui sortent d’une roulotte pour vous dire la bonne aventure». De fait, sur les portraits que l’on connait d’elle, Anna, avec ses longs cheveux noirs et son visage indéchiffrable, fait songer à une Bohémienne. Entre «roumain» et «romanichel» (un autre mot pour parler des Tziganes), il n’y a qu’un pas et quelques petites lettres de différence...

Plus tard, Anna devenue Comtesse de Noailles (car c’était elle), en traça beaucoup, des lettres; elle les assembla en des mots, des phrases, que l’on appelle poèmes ou romans – toutes choses aujourd’hui terriblement et injustement oubliées. Django et elle ne durent se rencontrer qu’en rêve, car si l’espace, le lieu (Amphion), étaient de leur côté, le temps, lui, ne fit rien à l’affaire : en 1943, la Comtesse n’était plus de ce monde depuis dix ans. Pourtant, dans son article dont nous nous inspirons fortemement ici, Jean-Claude Rey laisse entendre qu’Anna de Noailles aurait pu écouter jouer le guitariste et aurait même déclaré : «Ce Gitan vaut un Goya». L’année de la disparition d’Anna, 1933, Django Reinhardt était encore un presque inconnu et regagnait tout juste Paris après plusieurs années de grandes vacances dans le sud. Rencontre bien improbable donc. Mais sait-on jamais avec ces poètes...
De toute façon, Amphion, Anna de Noailles n’y était sans doute plus retournée depuis son adolescence et, dans les années 20, sa famille avait vendu une partie du domaine aux Schwartz, riches industriels qui firent construire la fa­meuse «Folie». Au départ, c’est-à-dire aux XVIIe et XVIIIe siècles, ce terme dé­rivé de «folio», «foliée» et «feuillée» servait à désigner les riches pavillons entourés de verdure que faisaient bâtir les nobles à la campagne, afin d’y recevoir dignement les amis – et plus encore, sans doute, les amies... Au sens premier se substitua donc assez vite celui concernant les folles dépenses, sans oublier bien entendu l’idée de la folie amoureuse...

C’est donc dans leur «folie» d’Amphion que les Schwartz, qui aimaient à donner des fêtes, reçurent Django et sa bande à la fin de 1943. Apparemment, ils n’y vinrent qu’une fois, mais furent impressionnés par le cadre et par le repas qui leur y fut servi. Ce fut aussi sans doute l’une des ultimes réceptions des Schwartz. Dénoncés comme juifs, ils furent dé­portés et la Gestapo prit possession des lieux. Rentré à Paris, Django le sut-il? De nos jours, nous apprend encore Jean-Claude Rey, la «Folie» d’Amphion est devenue «Les Cygnes», un institut d’éducation spécialisée... "

(Désormais c'est un privé qui possède la villa)

Re: Folie à Amphion

MessagePublié: 28 Déc 2025 17:40
par danl
Merci bcp Groucho, je connais Publier, c’est là bas que je vais acheter mon Abondance ( j’ai un fils à Thonon), je ne connaissais pas l’histoire de cette bâtisse…. J’y regarderai plus attentivement à mon prochain passage…. Bonne fin d’année à toi…

Re: Folie à Amphion

MessagePublié: 28 Déc 2025 18:11
par Groucho
Bonne fin d'année à toi aussi danl !

Si tu nous rapporte une photo actualisée ce serait parfait ! Mais le fromage va bien aussi...